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Si'lat

Djinn des solitudes

Édité parCréé leMis à jour le

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Asie
Arabie SaouditePéninsule Arabique(Arabie Saoudite)
🐺
Rang
Esprit SéducteurNiv. 65
🜂
Hiérarchie
Hiérarchie Djinn ArabeNiv. 85

Si'la et ghoul sont le même mot

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La si'la (سعلاة, au pluriel sa'ala) est une djinn femelle du folklore arabe préislamique, et la première chose à en dire est celle qu'on ne dit presque jamais : dans les sources les plus anciennes, elle ne se distingue pas du ghoul. Les deux mots nomment la même créature, et les lexiques classiques les donnent pour synonymes. La séparation est postérieure, et quand elle vient, elle est de sexe et non d'espèce : le ghoul reste le mâle et la si'la la femelle. Les dictionnaires que recueille Edward William Lane la définissent en outre comme la plus rusée de cette classe de djinns, ce qui n'est pas peu dire dans une classe entière de trompeurs.

Elle habite les solitudes. Ni un palais, ni une oasis, ni une grotte pleine de trésors : les portions de désert où il n'y a ni piste, ni puits, ni personne à qui crier. Ce détail n'est pas un décor. Son office, tel que les sources le décrivent, n'est pas de tuer mais de dévier : de faire sortir de sa route celui qui va seul. Dans le désert cela suffit, et la si'la n'a donc pas besoin de griffes. Elle tue sans toucher personne, avec le seul outil que le lieu exige, qui est une mauvaise direction.

Son nom se traduit souvent par « sorcière » ou « harpie », et les deux traductions l'appauvrissent. Ce que dit l'arabe est plus dérangeant : une djinn qui peut ressembler à n'importe quoi et qui choisit presque toujours de ressembler à une femme.

La métamorphose qui ne se referme jamais tout à fait

Le changement de forme la définit, mais les sources y ajoutent une condition qui la rend bien plus intéressante qu'un métamorphe parfait : on reconnaît les si'la parce que la transformation ne se referme jamais tout à fait. Il reste toujours quelque chose de l'animal (un pied qui n'est pas d'une femme, une trace qui ne correspond pas, une partie du corps en désaccord avec le reste) et qui sait regarder le voit. Cette fissure est la seule protection du voyageur, et elle explique pourquoi, dans les récits, le salut ne vient jamais d'une arme mais d'un regard attentif à contretemps.

Le reste est ce qu'on attend d'une djinn des chemins. La voix d'abord : on l'entend avant de la voir, et elle porte plus loin qu'elle ne devrait. Puis la connaissance du terrain, qui dans le désert vaut mieux que la force et lui permet d'être là où on ne la cherche pas et de n'être pas là où on la cherche. Et la durée : comme les autres djinns, elle ne vieillit au rythme de personne, si bien que le voyageur rencontre toujours quelqu'un qui est là depuis plus longtemps qu'il ne vivra.

Il vaut la peine de dire ce qu'elle n'a PAS, car on le lui prête souvent. Pas de palais illusoire, pas d'oasis fabriquée, pas de rituel au vin et aux dattes, pas de cour d'amants captifs. Cette version est un ajout moderne qui s'est collé au personnage. La si'la des sources ne construit pas de décors : elle se sert du désert, qui est déjà construit et ne pardonne pas.

Les Banu Si'lat, et l'éclair

Le récit qui l'explique le mieux n'est pas d'épouvante mais de mariage. La tradition préislamique raconte qu'un homme, 'Amr ibn Yarbu', prit une si'la pour épouse et eut d'elle des enfants. De cette descendance viennent les Banu Si'lat, « les enfants de la si'la » : une lignée humaine reconnue et nommée, qui se savait à demi djinn et ne le cachait pas. Le détail est remarquable, car il ne parle ni d'une apparition ni d'une frayeur : il parle d'une maison, d'enfants et d'un nom de famille.

La femme vécut avec lui jusqu'au jour où elle vit un éclair dans le ciel. À sa vue elle se leva et partit, et ne revint pas. L'éclair était le signe des siens, et rien ne put la retenir.

Cette fin inverse tout ce qu'on attend d'un monstre. La si'la des solitudes n'est vaincue par personne : nul héros ne la tue, nulle formule ne la lie, nul saint ne la chasse. La si'la mariée n'est pas vaincue non plus. Elle s'en va, tout simplement, parce que le ciel le lui a dit, laissant derrière elle un mari, des enfants et un nom que les descendants ont continué de porter. L'histoire ne parle pas de vaincre la créature mais d'avoir vécu avec elle, et de ce qu'elle a décidé de partir.

Dans cette encyclopédie, la si'la est rapprochée des femmes-bêtes séductrices d'Asie orientale (la renarde à neuf queues et ses variantes) comme formes d'un même archétype dans des cultures distinctes. Il faut le dire clairement : cette parenté est un classement de notre fait, non une affirmation du folklore arabe ; les sources qui la nomment ignorent tout des renardes chinoises ou japonaises.

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Aussi connu comme

"Si'la" "Sa'ala" "Ghoula"

Reliques

Symbolique

🔥

Element

tierra-yang (sable du désert, doré-chaud)

🔢

Nombre

9

🎨

Couleur

sable-doré bronzé du désert

🦁

Animaux

louve du désert arabe

Sigils:

Pied de bêteÉclairDésert sans piste

Traits

Pouvoirs

💔

Faiblesses

🧠

Comportement

🛡️

Resistances

Relations avec d'autres etres

Dans l’Atlas

Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.

Mythologies

📍 Péninsule Arabique
📅 Pré-islamique et islamique (VIe-XIXe siècles)

Le folklore arabe englobe traditions orales, contes des Mille et Une Nuits, et êtres surnaturels comme djinn, ifrit et marid, esprits créés de feu sans fumée selon le Coran (Sura 55:15), originaires de mythes pré-islamiques de la Péninsule Arabique, reflétant l'animisme bédouin, peurs des esprits du désert, tempêtes et oasis, compilés en littérature médiévale comme les œuvres d'Al-Jahiz et transmis dans des régions comme Hijaz, Yémen et le Maghreb.

Sources

📚

Kitāb al-Ḥayawān (Livre des Animaux)

Al-Jāḥiẓ (Abū ʿUthmān ʿAmr ibn Baḥr al-Kinānī) · v. 776-868

Encyclopédie zoologique et littéraire en arabe du savant al-Jāḥiẓ (IXe siècle), rassemblant animaux réels et créatures fabuleuses avec anecdotes et théologie.

📚

Vie des Animaux

al-Damiri · 1370

Encyclopédie zoologique du XIVe siècle par al-Damiri incluant des chapitres sur les djinns et les êtres mythiques.

🎓

Lexique arabe-anglais

Edward William Lane · 1863

Dictionnaire en huit volumes compilé à partir des grands lexiques arabes classiques, dont le Tāj al-ʿArūs et le Qāmūs. C'est la voie habituelle pour lire dans une langue européenne ce que les lexicographes médiévaux disaient d'un mot, et c'est pourquoi on le cite ici : il recueille les définitions anciennes de sa'ala et de ghoul, y compris leur synonymie.

Questions fréquentes

Quelle différence y a-t-il entre la si'la et le ghoul ?

Dans les sources les plus anciennes, aucune : les deux mots nomment la même créature et les lexiques classiques les donnent pour synonymes. La distinction est postérieure et porte sur le sexe, non sur l'espèce : le ghoul devient le mâle et la si'la la femelle.

Comment reconnaît-on une si'la déguisée en femme ?

Parce que la métamorphose ne se referme jamais tout à fait. Il reste toujours un trait animal déplacé (un pied, une trace, une partie du corps qui ne convient pas) et cette fissure est le seul avertissement du voyageur. Dans les récits, le salut ne vient jamais d'une arme mais d'avoir bien regardé.

Qui étaient les Banu Si'lat ?

Une lignée humaine qui se reconnaissait descendante d'une si'la. La tradition préislamique raconte que 'Amr ibn Yarbu' en épousa une et en eut des enfants ; de là le nom, « les enfants de la si'la ». Elle le quitta en voyant un éclair, signe des siens, et ne revint pas.

Est-il vrai que la si'la bâtit des oasis et des palais illusoires ?

Non, selon les sources anciennes. Ce qu'elles lui prêtent est plus simple et plus meurtrier : égarer le voyageur solitaire dans des portions de désert sans piste ni eau. Le palais illusoire, la cour d'amants et les rituels au vin sont des ajouts modernes, non du folklore arabe.

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Dernière mise à jour: 1 sept. 2026