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Mae Nak

L'épouse de Phra Khanong morte en couches

Édité parCréé le

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Asie
ThaïlandeThaïlande(Thaïlande)
ThaïlandePhra Khanong (Bangkok)(Thaïlande)
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Rang
Esprit Violent MalveillantNiv. 65
🪦
Hiérarchie
Esprits d'Asie du Sud-EstNiv. 80

La maison de Phra Khanong

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La légende se situe à Phra Khanong, alors un faubourg de maisons de bois sur pilotis le long d'un canal aux abords de Bangkok, et la tradition la date du milieu du XIXe siècle. Nak était une jeune femme du lieu, mariée à Mak et enceinte de lui, quand son mari fut enrôlé pour la guerre. En son absence elle mourut en couches, et l'enfant avec elle. Les voisins l'enterrèrent et attendirent son retour pour le lui dire. Mak revint, et ce qu'il trouva chez lui fut sa femme qui l'attendait, un bébé dans les bras. Il vécut avec eux comme si de rien n'était : il mangeait ce qu'elle cuisinait, dormait à ses côtés et tenait la maison, sans savoir qu'il vivait depuis des semaines avec une morte. Les voisins, eux, le savaient, et c'est là le nœud du récit : ceux qui s'approchèrent pour l'avertir furent retrouvés morts, et les autres apprirent à se taire. La force de l'histoire n'est pas dans la frayeur mais dans cette domesticité soutenue, dans une morte qui continue de tenir, point par point, le rôle qu'elle avait de son vivant.

Le bras qui s'allonge

La scène à laquelle on reconnaît l'histoire dans toute la Thaïlande est domestique et dure trois secondes. Nak prépare le repas sur le plancher de la maison, qui comme toutes celles du lieu est bâtie sur pilotis, et quelque chose lui échappe par une fente entre les lames, dans la version la plus répandue un citron vert. Au lieu de descendre par l'échelle, elle passe le bras par l'interstice. Et le bras continue de descendre, et de descendre, jusqu'au sol d'en bas, et ramasse le fruit. Mak le voit. Toute la terreur de la légende est condensée là : non dans un monstre, mais dans le geste le plus quotidien du monde exécuté par un corps qui n'a plus aucune raison d'obéir aux mesures d'un corps. Dès cet instant Mak sait, et l'histoire devient une fuite. Il court vers le temple de Wat Mahabut, car le sol consacré est le seul endroit où elle ne peut entrer, et la tradition ajoute qu'il traverse un fourré de plantes dont les feuilles épineuses rebutent les esprits. Elle le poursuit jusqu'à la limite de l'enceinte et s'arrête : elle vient à bout des voisins et elle vient à bout de la mort, mais non du seuil.

De l'avertissement au culte

La fin de l'histoire varie selon qui la raconte, et cette variation fait elle-même partie de la matière. La version la plus répandue attribue la soumission de l'esprit au moine Somdet To, figure historique du XIXe siècle vénérée dans tout le pays, qui l'aurait liée à un fragment d'os de son propre front, serti ensuite dans une ceinture. D'autres versions se contentent de l'enfermer dans une jarre jetée au canal. Ce qu'aucune version ne fait, c'est la détruire, et c'est là que paraît le fond bouddhique du récit : un esprit d'attachement ne s'anéantit pas, on le retient ou on le persuade de lâcher prise. Avec le temps, la légende qui servait d'avertissement est devenue un culte. Aujourd'hui le sanctuaire qui lui est dédié près du temple de Wat Mahabut reçoit chaque jour des offrandes de robes, de jouets, de cosmétiques et de guirlandes, et on lui demande deux choses avant toutes les autres : la chance à la loterie et l'exemption du service militaire. Cette seconde demande est d'une ironie exacte, puisque tout son malheur a commencé par une conscription. Une note géographique souvent confondue : après le changement de limites de district de 1997, le temple s'est retrouvé dans Suan Luang et non dans Phra Khanong, quand bien même le nom de la légende n'a pas bougé.

Pourquoi elle est le cas exemplaire

Dans la classification thaïe des esprits, Mae Nak est un phi tai hong, l'un de ces morts de mort subite ou mauvaise qui n'ont pas reçu le rite dû et restent fixés à l'endroit exact de leur mort. Dans cette classe, la mort en couches passe pour la plus puissante, et c'est pourquoi elle sert d'exemple à tout le monde. La contrepartie rituelle de son histoire est documentée de longue date : Ernest Young, dans Le royaume de la robe jaune (1898), décrit l'accouchement siamois avec la mère près d'un feu, le fruit protecteur répandu sous la maison et un cordon béni par les moines tendu autour de l'habitation, le tout pour écarter les esprits qui, sans cela, emporteraient la vie de l'enfant. Mae Nak est ce qui arrive quand ces défenses échouent. Et ce n'est pas un cas isolé thaï : la femme qui meurt en couches et revient est une figure de tout le Sud-Est asiatique et au-delà. La pontianak et la langsuir malaises, recueillies par Walter Skeat dans Magie malaise (1900), la churel indienne et l'ubume japonaise sont la même idée racontée par quatre traditions distinctes. Ce qui distingue Mae Nak dans cette famille, c'est que les autres sont des catégories et qu'elle est une femme avec un nom, une adresse et un temple où lui laisser une robe.

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Reliques

Symbolique

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Element

Attachement

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Nombre

1

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Couleur

Blanc de deuil

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Animaux

Gecko tokay

Sigils:

Maison sur pilotisBras allongéRobe d'offrande

Traits

Pouvoirs

💔

Faiblesses

🧠

Comportement

🛡️

Resistances

Dans l’Atlas

Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.

Mythologies

📅 Du XIIIe siècle (Sukhothaï) à nos jours

Tradition surnaturelle du royaume de Thaïlande, syncrétisme entre l'animisme taï-kadaï autochtone, le bouddhisme theravada (depuis le XIIIe s.), un brahmanisme hindou résiduel (Phra Indra, Phra Phrom) et des croyances chinoises. Le concept unificateur est le Phi (esprits) : phi tai hong (mort violente), krasue (tête volante aux viscères), nang tani (bananier), phi pop (possesseur).

Sources

📚

Magie Malaise

Walter William Skeat · 1900

Ouvrage de 1900 documentant les rituels de domestication de la langsuir en détail dans le folklore malais.

🎓

Quelques croyances siamoises sur les fantômes et la démonologie

A. J. Irwin · 1907

Article d'A. J. Irwin paru dans le Journal of the Siam Society (1907), classant les esprits (phi) du folklore thaï.

📚

Le Royaume de la robe jaune

Ernest Young · 1898

Récit de voyage d'Ernest Young (1898) sur la vie, les coutumes et le folclore du Siam (Thaïlande).

Questions fréquentes

Mae Nak a-t-elle vraiment existé ?

La tradition la place à Phra Khanong au milieu du XIXe siècle et lui attribue même une tombe, mais aucun document ne confirme une femme précise derrière le récit. On la raconte comme une légende locale à ancrage réel : le lieu existe, le temple existe et le culte existe.

Où se trouve son sanctuaire ?

À côté du temple de Wat Mahabut, au bord du canal de Phra Khanong, à Bangkok. Il faut savoir qu'après le changement de limites de district de 1997, le temple s'est retrouvé dans Suan Luang et non dans Phra Khanong, même si la légende porte toujours l'ancien nom.

Pourquoi lui demande-t-on d'échapper au service militaire ?

À cause de l'ironie exacte de son histoire : tout son malheur a commencé quand son mari fut enrôlé et qu'elle resta seule pour accoucher. Les jeunes gens qui vont au tirage de la conscription lui portent des offrandes pour y échapper, et cette demande cohabite avec l'autre grande, la chance à la loterie.

Qu'est-ce qu'un phi tai hong ?

L'esprit thaï de qui est mort d'une mort subite ou violente, l'accouchement compris, sans avoir reçu le rite funéraire dû. Il reste lié à l'endroit exact de sa mort, et c'est pourquoi on y dresse des maisons des esprits et on y fait des offrandes. Mae Nak est l'exemple que tout le monde cite.

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Bestiarypedia. (2026, September 5). Mae Nak. Bestiarypedia. https://bestiarypedia.com/fr/beings/mae-nak

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Dernière mise à jour: 5 sept. 2026