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Onryō

L'esprit vengeur du folklore japonais

Édité parCréé le

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Asie
JaponJapon(Japon)
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Rang
Onryō vengeurNiv. 72
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Hiérarchie
Hiérarchie Yōkai JaponaiseNiv. 85

Le grief comme moteur

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L'onryō (怨霊, «esprit rancunier») ne se définit pas par son aspect mais par la raison de son retour : un tort précis, presque toujours subi de son vivant et presque toujours sans réparation possible. Tandis que le défunt ordinaire s'en va après les rites funéraires et rejoint le culte des ancêtres, l'onryō demeure parce que quelque chose est resté en suspens : une trahison, une accusation mensongère, un amour interrompu, une mort injuste. La rancune (urami) agit à la fois comme ancre et comme carburant. La croyance est ancienne : dès l'époque de Heian, on attribuait épidémies, incendies et désastres aux esprits des offensés, et des recueils comme le Konjaku Monogatari-shū (XIIe siècle) rassemblent des récits de morts qui reviennent réclamer leurs dettes. L'Ugetsu Monogatari d'Ueda Akinari (1776) éleva le motif au rang de littérature : dans ses contes, le mort revient avec la ponctualité d'un contrat, car ce qui le meut n'est pas la méchanceté, c'est le tort subi.

L'image fixée par Edo

L'image que chacun reconnaît aujourd'hui (kimono blanc de linceul, très longs cheveux noirs dénoués, mains pendantes devant la poitrine et absence de jambes) n'est pas ancienne : elle se stabilise dans la peinture de l'époque d'Edo, et la tradition attribue à Maruyama Ōkyo, au XVIIIe siècle, le premier portrait canonique d'un fantôme sans jambes. Le kimono blanc est le kyōkatabira dont on revêtait les défunts ; les cheveux dénoués rompent la coiffure nouée que l'ordre social imposait à la femme vivante. De la peinture, elle passa à l'estampe (Hokusai consacra à Oiwa et à Okiku des planches de sa série Hyaku monogatari, et Tsukioka Yoshitoshi composa ses «Nouvelles formes de trente-six fantômes») puis au théâtre kabuki, dont la machinerie scénique de trappes, de pantins et de lanternes qui se déchirent fit de l'onryō un spectacle. Le cinéma d'horreur japonais hérita de cette image entière ; ce que le XXe siècle y ajouta se date, il ne se rétroprojette pas.

Les trois grandes histoires de fantômes

Le Japon a condensé l'archétype en trois récits que la tradition regroupe comme les trois grandes histoires de fantômes (Nihon san dai kaidan), et les trois protagonistes figurent dans ce catalogue. Oiwa, du Yotsuya Kaidan de Tsuruya Nanboku (1825), est l'épouse défigurée par le poison de son mari : elle revient, la moitié du visage détruite, lui rendre sa trahison. Okiku, de la légende de Banchō Sarayashiki, est la servante accusée à tort d'avoir perdu une assiette précieuse et jetée dans un puits : elle revient compter des assiettes sans jamais atteindre dix. Otsuyu, du Botan Dōrō (un conte chinois acclimaté en japonais par Asai Ryōi puis popularisé par le rakugo et le théâtre), est l'amoureuse morte qui rend visite chaque nuit à son amant avec une lanterne aux pivoines. Chacune incarne une variante du tort : la trahison conjugale, l'injustice du puissant, l'amour tranché par la mort. Aucune n'est un monstre : toutes trois sont d'abord des victimes, et ce renversement (la victime sans pouvoir qui, dans la mort, devient inarrêtable) est le cœur de l'archétype.

Apaiser celui qui revient

L'issue n'est pas toujours de vaincre l'onryō ; c'est souvent impossible. La tradition distingue ici le goryō, l'esprit d'un noble offensé (Sugawara no Michizane, Taira no Masakado, l'empereur Sutoku) que l'État apaise par un culte officiel et même par des sanctuaires propres, de l'onryō ordinaire, qui est généralement quelqu'un sans pouvoir de son vivant : une épouse, une servante, une amoureuse. Sa force posthume inverse cette impuissance. On apaise l'onryō par des rites funéraires complets, par des prières et des services commémoratifs, ou en achevant ce qui était resté inachevé : dans une variante célèbre de la légende d'Okiku, quelqu'un crie «dix !» après la neuvième assiette et le spectre, son compte soldé, disparaît. L'exorcisme pur est rare ; la réparation est la règle. C'est pourquoi l'onryō est, plus qu'un monstre, une forme de mémoire : le rappel qu'un tort non enterré finit par remonter à la surface.

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Reliques

Symbolique

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Element

Rancune (urami)

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Nombre

4

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Couleur

Blanc funèbre

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Animaux

Serpent

Sigils:

HitodamaCheveux dénouésSans jambes

Traits

Pouvoirs

💔

Faiblesses

🧠

Comportement

🛡️

Resistances

Dans l’Atlas

Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.

Mythologies

📍 Japon
📅 Période Edo (1603-1868) et traditions postérieures

Le folklore japonais englobe traditions orales, mythes, légendes et créatures surnaturelles comme yōkai et kami, compilés dans des textes illustrés de l'époque Edo par Toriyama Sekien dans des œuvres comme Gazu Hyakki Yagyō et Konjaku Hyakki Shūi, reflétant les croyances animistes shintoïstes, les peurs écologiques face aux inondations et sécheresses, et le respect de la nature dans les rivières, lacs et rizières des régions comme Shiga, Osaka et Kyoto.

Sources

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Konjaku Monogatarishū

Compilateur anonyme · XIIe siècle

Vaste recueil japonais de plus de mille récits (setsuwa) de la fin de l'époque de Heian (vers le XIIe siècle). Il rassemble des histoires bouddhiques, profanes et surnaturelles d'Inde, de Chine et du Japon, et constitue une source essentielle de yōkai, oni et esprits du folklore japonais.

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Kwaidan: Histoires et Études de Choses Étranges

Lafcadio Hearn · 1904

Recueil de Lafcadio Hearn (1904) qui a collecté et traduit des légendes surnaturelles japonaises de tradition orale et les a fait connaître en Occident. Référence classique du folklore des fantômes et des yokai.

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Yotsuya Kaidan par Tsuruya Nanboku

Tsuruya Nanboku IV · 1825

Tōkaidō Yotsuya Kaidan, pièce de théâtre kabuki de Tsuruya Nanboku IV créée en 1825 à Edo. Elle met en scène la vengeance du spectre d'Oiwa, défigurée et tuée par son mari Iemon, fixant l'image classique de l'onryō japonais et de son visage ravagé.

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Ugetsu Monogatari d'Ueda Akinari

Ueda Akinari · 1776

Recueil de contes surnaturels d'Ueda Akinari (1776), « Contes de pluie et de lune », classique du récit fantastique japonais.

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Hyaku Monogatari (Cent contes de fantômes) de Hokusai

Katsushika Hokusai · 1831

Série d'estampes ukiyo-e de Hokusai inspirée du jeu des cent contes de fantômes (hyakumonogatari) de l'horreur japonaise.

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Trente-six nouvelles formes de fantômes, de Yoshitoshi

Tsukioka Yoshitoshi · 1889

Série d'estampes ukiyo-e de Tsukioka Yoshitoshi (1889-1892), « Nouvelles formes de trente-six fantômes », sur les spectres et les légendes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue un onryō de tout autre yūrei ?

La raison du retour. Tout onryō est un yūrei (un esprit de défunt), mais pas l'inverse : le yūrei peut revenir par attachement, par amour ou par devoir, tandis que l'onryō revient pour un tort précis resté sans réparation. Cette dette définit sa conduite : il n'erre pas, il poursuit.

Pourquoi le représente-t-on avec un kimono blanc, les cheveux dénoués et sans jambes ?

Le kimono blanc est le kyōkatabira, le linceul dont on habillait les défunts ; les cheveux dénoués rompent la coiffure que l'ordre social imposait de son vivant ; et l'absence de jambes se stabilise dans la peinture de l'époque d'Edo, dont la tradition attribue le premier portrait canonique à Maruyama Ōkyo. C'est une iconographie funéraire, pas un caprice.

Quels sont les onryō les plus célèbres ?

Oiwa (Yotsuya Kaidan), Okiku (Banchō Sarayashiki) et Otsuyu (Botan Dōrō), les trois grandes histoires de fantômes du Japon. Les trois récits ont pris forme entre le XVIIe et le XIXe siècle et sont passés du théâtre et de l'estampe au cinéma.

Peut-on apaiser un onryō ?

Oui, et c'est souvent la seule issue : des rites funéraires complets, des services commémoratifs ou la réparation du tort en suspens. Dans une variante de la légende d'Okiku, il suffit de crier «dix !» après la neuvième assiette. Le goryō aristocratique fut même apaisé par un culte officiel et des sanctuaires propres.

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Dernière mise à jour: 1 sept. 2026