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Érinyes

Érinyes, vengeresses du crime de sang

Édité parCréé le

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EuropeEurope
GrèceGrèce antique(Grèce)
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Rang
Déesse ChthonienneNiv. 88
📜
Hiérarchie
Titans GrecsNiv. 95

Arbre généalogique

Nées d'un crime contre le père

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Les Érinyes naissent d'un crime contre le père, et cette origine est tout leur office. La Théogonie d'Hésiode (vers 176 à 187) raconte que Cronos, armé de la faucille que lui donna sa mère Gaïa, châtra Ouranos et jeta à la mer ce qu'il lui trancha ; les gouttes de sang, elles, tombèrent sur la terre, et Gaïa, fécondée par elles, enfanta les Érinyes, les Géants et les nymphes Méliades. Elles sont, littéralement, filles d'une mutilation filiale, et ce qu'elles poursuivent tout le reste du temps est exactement cela : le sang versé au sein de sa propre maison.

Eschyle donne une autre généalogie. Dans les Euménides elles se disent elles-mêmes filles de la Nuit, sans père, version qui souligne leur ancienneté et leur indépendance à l'égard des Olympiens plutôt que leur parenté. Les deux traditions ont coexisté sans que personne prenne la peine de les concilier, car les Grecs se souciaient moins de savoir de qui elles étaient filles que de ce dont elles étaient capables.

Et une donnée les situe bien avant tout cela. Sur les tablettes en linéaire B de Cnossos, du quatorzième siècle avant notre ère, le nom e-ri-nu figure parmi les destinataires d'offrandes. Si la lecture est juste, et le consensus est large, les Érinyes comptent parmi les très rares divinités grecques déjà attestées à l'âge du Bronze, des siècles avant qu'Homère ne les nomme.

Ce qu'elles châtient exactement, et ce qu'elles ne châtient pas

Ce que châtient les Érinyes n'est pas le crime en général, mais une liste courte et très précise. Avant tout, le sang versé entre proches, et surtout le matricide, qu'aucun tribunal humain ne pouvait juger faute d'accusateur : la victime et l'accusateur appartenaient à la même maison. Ensuite le parjure, dont l'Iliade les fait garantes en les appelant celles qui sous la terre châtient les hommes qui jurent faussement (chant XIX). Et enfin l'offense aux parents et au suppliant ou à l'hôte, les autres relations que la coutume grecque laissait sans protection légale.

Il est une limite que la tragédie souligne et qu'on ne raconte presque jamais : hors du sang commun, elles n'ont pas juridiction. Dans les Euménides elles expliquent elles-mêmes qu'elles n'ont pas poursuivi Clytemnestre pour avoir tué Agamemnon, parce que mari et femme ne partagent pas le sang ; elles poursuivent bien Oreste pour l'avoir tuée, elle qui était sa mère. C'est une justice archaïque et strictement familiale, non un tribunal moral.

Et elles ne tuent pas. Les Érinyes harcèlent : elles suivent le coupable comme des chiens de meute, sans dormir et sans se lasser, jusqu'à ce que l'esprit cède. Eschyle les décrit flairant l'odeur du sang ; Euripide ne les rend visibles qu'à leur proie. Leur châtiment est la folie, l'exil et l'impossibilité d'être reçu dans aucune maison, car qui les traîne derrière lui souille ce qu'il touche. Elles entendent d'en bas, sans rituel ni prêtre : il suffit qu'un père ou une mère offensés prononcent la malédiction pour qu'elles se mettent en marche.

Oreste et la naissance du tribunal

L'Orestie d'Eschyle, représentée en 458 av. J.-C., est le moment où les Érinyes cessent d'être une menace de fond pour devenir des personnages qui parlent. Oreste a tué sa mère Clytemnestre pour venger son père Agamemnon, obéissant à un ordre exprès d'Apollon, et elles le poursuivent tout de même : l'ordre d'un dieu n'annule pas le sang. Dans la troisième pièce, celle qui porte leur nom, Apollon les chasse du sanctuaire de Delphes avec mépris et elles l'accusent de couvrir un meurtrier, tandis que le fantôme de Clytemnestre les réveille en leur reprochant de dormir.

La solution ne vient pas par décret divin. Athéna refuse de juger seule et fonde un tribunal de citoyens athéniens sur la colline d'Arès, l'Aréopage. Les voix sont à égalité, Athéna ajoute la sienne en faveur de l'accusé et Oreste est acquitté. Les Érinyes menacent alors de stériliser l'Attique, et ce qui les arrête n'est pas la force mais la persuasion : Athéna leur offre un sanctuaire à elles sous l'Acropole, des honneurs perpétuels et la première place dans les offrandes.

La pièce s'achève en une procession de torches où on les revêt de manteaux de pourpre et où on les nomme, désormais, les Bienveillantes. C'est le mythe par lequel Athènes s'est expliqué à elle-même le passage de la vengeance de sang, qui ne finit jamais puisque chaque mort crée un vengeur nouveau, au tribunal public, qui la tranche. Et le détail qui fait la grandeur de la fin, c'est que les vieilles puissances ne sont ni vaincues ni bannies : on les convainc, on leur donne un culte et on les intègre à l'ordre nouveau.

Culte, noms et ce qu'on leur a ajouté ensuite

Le culte était réel et se tenait en plusieurs lieux à la fois. À Athènes, les Semnai Theai, les Déesses Augustes, avaient une enceinte au flanc de l'Aréopage qui servait aussi d'asile aux poursuivis, avec ses prêtresses et ses offrandes sans vin. À Colone, le dème où naquit Sophocle, il y avait un bois sacré des Euménides où parvient l'Œdipe aveugle d'Œdipe à Colone pour y mourir, et la première chose que fait le chœur est de l'avertir de ne pas prononcer leur nom. Pausanias (livre VIII) décrit à Mégalopolis un sanctuaire double où on les appelait Maniai, les Folies, et indique l'endroit précis où Oreste aurait perdu la raison.

L'euphémisme n'est pas un ornement littéraire. Les nommer était dangereux, et c'est pourquoi le nom sous lequel elles sont passées dans la langue courante, Euménides, signifie exactement le contraire de ce qu'elles sont. La même prudence explique leurs autres titres : Augustes, Vénérables, Innommables.

Il convient de dater ce qu'on leur a ajouté ensuite, car on le raconte aujourd'hui comme si c'était archaïque. Qu'elles soient exactement trois et se nomment Alecto, Mégère et Tisiphone ne figure pas chez Hésiode, qui ne les compte pas : ces noms se fixent dans l'Énéide de Virgile et dans la Bibliothèque d'Apollodore, déjà à l'époque romaine. Rome les appela Furies ou Dirae, et sous ce nom elles passèrent à la peinture, au théâtre et à l'opéra, où elles finirent représentées presque toujours en trois jeunes femmes aux serpents dans les cheveux et aux torches allumées. L'image est belle et elle est tardive ; la terreur grecque d'origine était plus imprécise, et c'est pour cela qu'elle faisait davantage peur.

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Reliques

Symbolique

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Element

Terre

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Nombre

3

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Couleur

Noir

🦁

Animaux

Serpent, Chien de meute

Sigils:

Serpents dans les cheveuxTorcheFouetAiles noires

Traits

Pouvoirs

💔

Faiblesses

🧠

Comportement

🛡️

Resistances

Relations avec d'autres etres

Dans l’Atlas

Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.

Mythologies

📍 Grèce antique
📅 env. 800-146 av. J.-C.

La mythologie grecque s’est développée dans la Grèce antique à partir de l’âge du bronze tardif et a atteint sa forme la plus élaborée durant les périodes archaïque et classique, entre les VIIIe et IVe siècles av. J.-C. Elle est née chez les peuples helléniques qui habitaient la péninsule grecque, les îles de l’Égée et les côtes d’Asie Mineure, et s’est transmise principalement par la poésie orale d’Homère et d’Hésiode, ainsi que par des traditions locales recueillies dans les sanctuaires et les festivals. Sa vision du monde présente un univers ordonné par une hiérarchie de divinités qui interviennent dans les affaires humaines et naturelles, avec l’Olympe comme demeure des dieux principaux et l’Hadès comme destination des défunts. Les divinités centrales comprennent les douze olympiens, dirigés par Zeus, dieu du ciel et souverain, aux côtés d’Héra, Poséidon, Athéna, Apollon, Artémis, Aphrodite, Arès, Héphaïstos, Hermès, Déméter et Dionysos. Avant eux, les Titans, parmi lesquels se distinguent Cronos et Rhéa, ont gouverné le cosmos jusqu’à être déposés par les olympiens lors de la Titanomachie. D’autres entités importantes sont les Muses, les nymphes, les Cyclopes et les Moires, qui incarnent des forces cosmiques et des destins. Cette tradition a exercé une influence durable sur la littérature, l’art et la pensée de Rome, de la Renaissance européenne et de la culture occidentale ultérieure, fournissant des motifs, des personnages et des structures narratives qui ont perduré dans la philosophie, l’astronomie et les arts jusqu’à nos jours.

Sources

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Théogonie

Hésiode · 700 av. J.-C.

Poème épique d'Hésiode détaillant l'origine des dieux grecs et les généalogies océanides.

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Bibliothèque

Apollodore · 100

Compendium mythologique attribué à Apollodore résumant les légendes grecques.

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Iliade

Homère · 750 av. J.-C.

Épopée homérique mentionnant les Néréides au chant XVIII lors du deuil de Patrocle.

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Les Euménides

Eschyle · 458 av. J.-C.

Troisième tragédie de l'Orestie, créée à Athènes en 458 av. J.-C. Les Érinyes y sont à la fois le chœur et les protagonistes : elles poursuivent Oreste pour le matricide, affrontent Apollon à Delphes et finissent par accepter un culte à Athènes après le procès de l'Aréopage. C'est la source antique la plus étendue à leur sujet.

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Œdipe à Colone

Sophocle · 401 av. J.-C.

Tragédie posthume de Sophocle, représentée en 401 av. J.-C. Toute son action se déroule dans le bois sacré des Euménides à Colone, et elle fournit le témoignage le plus net sur leur culte attique : la crainte de prononcer leur nom, l'asile qu'offrait leur enceinte et les offrandes sans vin qu'on leur faisait.

Questions fréquentes

Pourquoi les appelle-t-on les Bienveillantes si elles sont terribles ?

Par peur de les nommer. Les Grecs évitaient de prononcer le nom de certaines puissances, car le dire revenait à les appeler, et ils le remplaçaient par un titre flatteur. Euménides signifie les Bienveillantes, et Semnai Theai les Augustes : ce sont des formules de courtoisie envers ce qu'on ne veut pas attirer. Eschyle a fait de cet euphémisme la fin de sa trilogie, quand Athéna les persuade et qu'elles acceptent vraiment le rôle bienfaisant, mais le nom existait déjà avant et n'était que prudence.

Combien y avait-il d'Érinyes et comment s'appelaient-elles ?

Dans les sources anciennes, on ne les compte pas. Hésiode dit que Gaïa les enfanta et ne donne ni nombre ni noms ; Eschyle fait entrer un chœur entier sans dire combien elles sont. Le nombre trois et les noms Alecto, Mégère et Tisiphone apparaissent bien plus tard, dans l'Énéide de Virgile et dans la Bibliothèque d'Apollodore, déjà à l'époque romaine, et de là ils sont passés à toute la tradition postérieure. Autrement dit : ce que presque tout le monde tient pour la donnée de base est en réalité le plus tardif.

Qui poursuivent-elles, et qui ne poursuivent-elles pas ?

Seulement celui qui verse le sang de son propre sang, celui qui jure faussement et celui qui offense ses parents ou un suppliant. Au-delà, elles n'ont pas juridiction, et la tragédie le dit sans détour : dans les Euménides elles expliquent qu'elles n'ont pas poursuivi Clytemnestre pour le meurtre de son mari Agamemnon, parce que mari et femme ne sont pas consanguins, et qu'en revanche elles poursuivent Oreste pour avoir tué cette même Clytemnestre, qui était sa mère. Elles ne sont pas un tribunal moral et ne châtient pas la méchanceté en général : elles sont le mécanisme archaïque qui protège le seul lien qu'aucune loi humaine ne pouvait protéger.

Qu'ont à voir les Érinyes avec l'Aréopage ?

L'Aréopage était le tribunal athénien qui jugeait les homicides, et Eschyle le fait naître précisément de l'affaire d'Oreste : Athéna fonde la cour pour que des citoyens tranchent ce que ni elle ni Apollon ne veulent trancher seuls. À la fin de la pièce, les Érinyes reçoivent un sanctuaire au pied de cette même colline, de sorte que le tribunal et les vengeresses se touchent dans le paysage de la cité. Ce n'est pas une anecdote littéraire mais une étiologie : la tragédie explique pourquoi à Athènes les crimes de sang se jugent par des votes et non par plus de sang.

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Dernière mise à jour: 21 août 2026