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Agrat bat Mahlat

Reine du char et des deux nuits concédées

Édité parCréé leMis à jour le

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Asie
IrakMésopotamie(Irak)
IsraëlTerre Sainte(Israël)
IsraëlJordanieLiban+2Levant(Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Palestine)
👸🔥
Rang
Reine DémonNiv. 94
👿
Hiérarchie
Seigneurs DémoniaquesNiv. 90

Arbre généalogique

Agrat bat Mahlat
Agrat bat Mahlat👹 Princes de l'EnferActuel

Le pacte de Pesahim 112b

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Le passage qui l'a rendue célèbre se trouve dans le Talmud de Babylone, traité Pesahim 112b, et il appartient non pas à un traité de démonologie mais à une liste de conseils pratiques qui se résume à un seul : ne sors pas seul la nuit. On y raconte qu'Agrat bat Mahalath, «Agrat fille de Mahalath», sort accompagnée de cent quatre-vingt mille anges destructeurs, et que chacun d'eux a licence de nuire pour son propre compte.

Le texte rapporte deux rencontres presque identiques, séparées par des siècles. Dans la première, Rabbi Hanina ben Dosa tombe sur elle. Elle l'avertit de ce qu'elle pourrait lui faire ; il répond que son nom a été proclamé au ciel, et lui interdit de passer par les lieux habités. Elle le supplie de lui laisser quelque chose, et il lui concède les nuits du mercredi et les nuits du chabbat. Dans la seconde rencontre, des siècles plus tard, Abaye répète la scène presque mot pour mot et parvient au même marché.

Ce que ce passage a de remarquable, c'est qu'Agrat n'est pas vaincue : elle négocie. Elle demande une exception, l'obtient, et le Talmud consigne l'accord du même ton dont il consigne la jurisprudence. De là vient l'habitude de ne pas marcher seul ces deux nuits-là, qui est la seule chose qu'un lecteur du Talmud avait à retenir.

Quelles nuits, exactement

Le détail le plus cité au sujet d'Agrat est aussi celui qui voyage le plus mal d'une traduction à l'autre. L'hébreu dit «לילי רביעיות ולילי שבתות», les nuits des quatrièmes jours et les nuits des sabbats. Mais dans le comput juif la nuit précède le jour qu'elle nomme : la nuit du mercredi commence quand le soleil du mardi se couche, et la nuit du chabbat commence le vendredi à la tombée du jour.

C'est pourquoi une traduction littérale dit «mercredi et samedi» tandis qu'une traduction reportée sur le calendrier occidental dit «mardi et vendredi», et les deux sont exactes. Les éditions anglaises de Sefaria choisissent la seconde ; la tradition rabbinique en français conserve d'ordinaire la première. Qui lit les deux sans le savoir croira qu'elles se contredisent, et elles ne se contredisent pas : elles disent la même chose depuis deux horloges.

Ce que ces deux nuits ont de particulier, le Talmud ne l'explique pas. La veille du chabbat se comprend sans peine : c'est le seuil du jour saint, et les seuils sont dangereux dans tous les folklores du monde. Pour la quatrième nuit de la semaine, on a proposé des explications astrologiques tardives, dont aucune ne figure dans le texte.

Le char et la terreur de la nuit

L'autre trace ancienne d'Agrat se trouve dans le midrash Bamidbar Rabba 12:3, et c'est une glose du Psaume 91, le psaume de la protection nocturne que le judaïsme récite avant de dormir. Là où le psaume dit «tu ne craindras pas la terreur de la nuit», le midrash précise de quelle terreur il s'agit : «d'Agrat bat Mahalath et de son char, ni de tous les démons qui gouvernent la nuit».

Ce char est à peu près toute son iconographie, et il suffit à la distinguer de ses trois compagnes. Lilith entre par la fenêtre ; Naamah entre dans le rêve ; Agrat va par le chemin, à découvert et avec escorte. C'est une démone de plein champ et non de chambre à coucher, et son danger est celui du voyageur, non celui du dormeur. C'est pourquoi son remède n'est pas non plus une amulette de berceau mais une heure : rester chez soi.

Le Yalkut Hadash ajoute un détail tardif et curieux, celui de la démone qui danse sur les toits, et au passage ramène sa troupe à dix-huit mille. Les chiffres de ce genre ne prétendent pas être des recensements : c'était la façon qu'avait l'époque de dire «innombrables».

Les quatre mères des démons

La liste canonique des quatre mères des démons ne se trouve pas dans le Zohar mais dans un commentaire biblique, et elle apparaît précisément sur le verset qui nomme Naamah. Rabbeinou Bahya ben Asher, commentant la Genèse 4:22 à la fin du treizième siècle, écrit : «Quatre femmes furent mères de démons. Ce furent Lilith, Naamah, Igrat et Mahalath».

Cette quatrième mérite qu'on s'y arrête. Mahalath est la mère d'Agrat, et pourtant elle figure sur la liste à côté de sa propre fille, si bien que la quatrième place est tenue par la mère de la troisième. D'autres écoles y mettent Eisheth Zenounim, et de là vient que les listes des quatre reines ne concordent jamais tout à fait : on ne discute pas de qui sont les trois premières, on discute de savoir si la quatrième est Mahalath ou une autre.

Dans la kabbale zoharique, les quatre sont épouses de Samaël, l'ange accusateur devenu prince de l'Autre Côté, et des traités plus tardifs comme l'Emek haMelech (1648) et le Tuv haAretz (1655) se les répartissent par royaumes et par heures du jour. Agrat reçoit sa part, et elle est cohérente avec tout ce qui précède : la nuit à découvert.

De qui elle est la fille, et de qui l'on dit qu'elle est la mère

De qui elle est la fille, le Sefer Meir Tehillot (1512) le raconte : Mahalath était fille d'Ismaël, et le démon Igrathiel s'unit à elle et engendra Agrat. Le nom de la fille est donc celui du père démon mis au féminin, et le «bat Mahalath» qui l'accompagne partout sert à la distinguer de toute autre Agrat et à rappeler de quel côté lui vient le sang.

De qui elle est la mère est plus disputé, et il faut le dire avec précaution car cela touche une autre fiche de cette encyclopédie. Une tradition attribuée au RaShBA raconte qu'Agrat s'unit au roi David et engendra Asmodée, roi des démons. C'est une version minoritaire : la plus grande part de la littérature kabbalistique fait d'Asmodée le fils de Naamah, et c'est ainsi que la fiche de Naamah le consigne. On note ici la variante sans l'adopter, ce qui convient lorsque les sources ne s'accordent pas.

Il convient en outre de ne pas confondre sa mère avec les deux femmes bibliques du même nom : Mahalath fille d'Ismaël, qui épousa Ésaü (Genèse 28:9), et Mahalath petite-fille de David, mariée à Roboam (2 Chroniques 11:18). La démonologie a pris le nom à la première, mais la figure qu'elle a bâtie avec a cessé d'être elle depuis longtemps.

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Reliques

Symbolique

🔥

Element

Air

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Nombre

2

🎨

Couleur

Noir

🦁

Animaux

Cheval

Sigils:

Char nocturneChemin désert

Traits

Pouvoirs

💔

Faiblesses

🧠

Comportement

🛡️

Resistances

Relations avec d'autres etres

Dans l’Atlas

Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.

Mythologies

📍 Terre Sainte
📅 De l'ère talmudique à l'époque moderne (Ier-XXe siècles)

Traditions ésotériques et kabbalistiques au sein du judaïsme, englobant le mysticisme Merkavah de l'ère talmudique, la Kabbale zoharique du XIIIe siècle, la Kabbale louriane du XVIe siècle, le mouvement hassidique du XVIIIe siècle et diverses pratiques méditatives, contemplatives et visionnaires visant à ascensionner à travers les mondes spirituels, invoquer les noms divins et atteindre l'union mystique avec le divin tout en dévoilant les secrets de l'univers créateur.

Sources

📚

Zohar

Moïse de León · c. 1280

Œuvre kabbalistique fondamentale du XIIIe siècle qui développe la mythologie de Lilith et de ses descendants démoniaques.

Talmud de Babylone

Plusieurs rabbins · ca. 500 apr. J.-C.

Compilation rabbinique de la loi orale et des discussions des académies de Babylone, close vers l'an 500; ses traités consignent aussi des croyances sur les démons, les esprits nocturnes et les amulettes.

Bamidbar Rabba

Anonyme (compilation rabbinique) · v. 1100

Midrash homilétique sur le livre des Nombres. Son passage 12:3, glosant le Psaume 91, identifie la «terreur de la nuit» à Agrat bat Mahalath et à son char.

📚

Rabbeinou Bahya sur la Torah

Bahya ben Asher · v. 1291

Commentaire de la Torah par Bahya ben Asher, kabbaliste de la fin du treizième siècle. Sur la Genèse 4:22 il donne la liste canonique des quatre mères des démons : Lilith, Naamah, Igrat et Mahalath.

Questions fréquentes

Quelles nuits Agrat sort-elle : mercredi et samedi, ou mardi et vendredi ?

Les deux réponses n'en font qu'une. L'hébreu de Pesahim 112b dit «nuits des quatrièmes jours et nuits des sabbats», et dans le comput juif la nuit précède le jour qu'elle nomme : la nuit du mercredi commence le mardi au coucher du soleil, et celle du chabbat le vendredi à la tombée du jour. Les traductions qui donnent «mardi et vendredi» ont reporté la donnée sur le calendrier occidental.

Combien de démons l'accompagnent, 180 000 ou 18 000 ?

Cela dépend de la source. Le Talmud de Babylone (Pesahim 112b) dit cent quatre-vingt mille anges destructeurs ; le tardif Yalkut Hadash ramène le chiffre à dix-huit mille. Ni l'un ni l'autre ne prétend être un recensement : dans la rhétorique rabbinique les grands nombres ronds signifient «innombrables», et l'écart mesure l'emphase de chaque auteur, non la troupe.

Agrat est-elle la mère d'Asmodée ?

Selon une tradition attribuée au RaShBA, oui : elle se serait unie au roi David, et Asmodée en serait né. Mais c'est la version minoritaire. La plus grande part de la littérature kabbalistique fait d'Asmodée le fils de Naamah, et cette encyclopédie adopte cette lecture dans la fiche de Naamah et consigne celle d'Agrat comme variante.

Pourquoi Mahalath figure-t-elle sur la liste des quatre reines à côté de sa propre fille ?

Parce que la liste n'est pas une généalogie mais une répartition d'offices. Rabbeinou Bahya, sur la Genèse 4:22, nomme Lilith, Naamah, Igrat et Mahalath, et à cette quatrième place d'autres écoles mettent Eisheth Zenounim. C'est là l'origine du fait que les listes des quatre reines ne concordent jamais tout à fait : les trois premières ne se discutent pas, la quatrième si.

En quoi Agrat diffère-t-elle de Lilith et de Naamah ?

Par le lieu où elle frappe. Lilith entre par la fenêtre et s'en prend aux nouveau-nés ; Naamah entre dans le sommeil d'un homme seul. Agrat est la seule des trois à prendre la route, avec char et troupe, et sa victime est celui qui voyage de nuit. C'est pourquoi son remède n'est pas une amulette mais un horaire : ne pas sortir ces deux nuits-là.

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Dernière mise à jour: 26 août 2026