Naamah
Mère des démons, séductrice des songes
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Europe
Terre Sainte(Israël)

+2Levant(Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Palestine)

+1Europe ashkénaze(Roumanie, Pologne, Russie, Allemagne)Arbre généalogique
Le verset qui la nomme sans rien expliquer
L'unique trace biblique de Naamah tient en cinq mots. La Genèse 4:22 clôt la généalogie de Caïn en disant que Tsilla enfanta Toubal-Caïn, forgeur de tout instrument de bronze et de fer, «et la sœur de Toubal-Caïn fut Naamah». Pas une ligne de plus : ni ce qu'elle fit, ni avec qui, ni pourquoi le texte prend la peine de la nommer alors qu'il tait le nom de tant d'autres femmes de cette même liste. Ce silence est précisément la brèche par laquelle la démonologie est entrée ensuite.
La tradition rabbinique s'en est aperçue aussitôt. Bereshit Rabba 23:3 recueille deux lectures opposées du même verset. Rabbi Abba bar Kahana soutient que Naamah était l'épouse de Noé, et qu'elle fut ainsi nommée parce que ses œuvres étaient agréables (neimim). Les Sages répondent que Naamah était une autre, et qu'elle fut ainsi nommée parce qu'elle jouait du tambourin agréablement (manemet) pour le culte des idoles. En une seule ligne de midrash, le même nom se partage entre la matriarche qui sauve l'humanité du déluge et la musique qui l'entraîne vers l'idolâtrie. La kabbale castillane du treizième siècle a retenu la seconde lecture et l'a menée jusqu'au bout.
Le Zohar et la mère des esprits
Dans le Zohar, Naamah n'est plus une femme de la lignée de Caïn : elle est la mère des démons, issue du Côté de Caïn, et son office est de visiter les hommes pendant leur sommeil. Le texte est précis et froid sur le mécanisme. Elle ne conçoit pas par union : elle emporte le désir de l'homme endormi et, de ce désir et de rien d'autre, naissent des esprits. Chaque émission perdue est, dans cette lecture, un enfant à elle, et de là vient son titre de mère de toute une classe de créatures plutôt que mère d'une lignée précise.
Le même corpus lui attribue un exploit plus grand : avec Lilith, elle corrompit Ouzza et Azael, les anges veilleurs descendus sur la terre, et de cette rencontre sortit une progéniture qui n'était plus ni angélique ni humaine. Il faut le dire avec prudence : l'Azael du Zohar et l'Azazel du Lévitique et de 1 Hénoch sont des figures que la kabbale tardive confond aisément, mais qui ne sont pas nées identiques, et cette fiche ne les assimile pas.
Rabbi Shimon la place en outre auprès de Lilith à la tête de la diphtérie infantile, et c'est là qu'apparaît la seule frontière nette entre les deux. Lilith tue les enfants. Naamah non : Naamah séduit et engendre. C'est une différence de fonction et non de degré, et elle explique pourquoi le folklore protège les berceaux de l'une et protège le lit conjugal de l'autre.
Les quatre épouses de Samaël
La kabbale organise le monde du mal en miroir du monde de la sainteté, et là où en haut il y a une épouse, en bas il y en a quatre. Naamah est l'une des quatre épouses de Samaël, l'ange accusateur devenu prince de l'Autre Côté, et elle partage ce rang avec Lilith, avec Agrat bat Mahlat et avec une quatrième dont le nom change selon le texte : certaines listes disent Mahalath, d'autres Eisheth Zenounim. Chacune gouverne sa tequfah, sa saison de l'année, et commande des armées et des classes d'esprits distinctes.
Que les listes ne concordent pas n'est pas une négligence de copistes : ce sont des écoles différentes décrivant la même structure, et aucune ne prétendait fixer un canon clos. Ce qui demeure constant chez toutes, c'est la répartition des rôles. Lilith est la première et celle qui dispute le trône. Agrat chevauche avec sa troupe certaines nuits marquées. Naamah est la beauté, et elle est la seule à n'avoir besoin d'aucune troupe, car son champ de bataille est le sommeil d'un seul homme.
De cette maternité vient aussi le lien le plus répété dans la littérature kabbalistique tardive : Asmodée, roi des démons, y est compté comme son fils. L'attribution n'est pas unanime, car certaines traditions l'accordent à Agrat bat Mahlat, mais c'est la plus répandue, et c'est elle qui donne à Naamah une place au sommet infernal et pas seulement dans la chambre des hommes.
Le tambourin, le berceau et le manuel de piété
La Naamah des traités est descendue dans la vie quotidienne par une voie inattendue : les livres de conduite domestique. Le Kav haYashar, publié à Francfort en 1705 par Tzvi Hirsch Kaidanover, la nomme sans détour « la démone appelée Naamah » et la met dans la chambre conjugale, avertissant de ce qui arrive lorsqu'un homme pense à une autre pendant l'union et citant le Zohar pour expliquer que l'image qui lui était apparue, c'était elle. Un manuel de piété, et non un grimoire, voilà ce qui porta son nom dans des milliers de foyers ashkénazes.
De là naissent les pratiques qui l'entourent, toutes défensives et aucune invocatoire. Mais il convient de bien les répartir, car le folklore ashkénaze les partage entre deux figures et non entre une seule. Le répertoire du berceau (l'amulette écrite suspendue au-dessus du lit de l'accouchée, la veillée de la nuit qui précède la circoncision, les noms de Senoy, Sansenoy et Semangelof) vise Lilith, et les amulettes le disent elles-mêmes, puisqu'elles la nomment elle et non Naamah. Ce qui revient à Naamah, c'est l'autre pièce : la chambre conjugale du Kav haYashar, où le remède n'est pas un objet accroché mais un avertissement sur celle à qui l'on pense. Le folklore juif ne lui demande rien ; il veille seulement à ce qu'elle n'entre pas. Il n'y a ni offrandes, ni pactes, ni formules pour l'appeler, et cette absence est en soi un renseignement sur la façon dont on la comprenait.
Son emblème, en revanche, ne vient pas de la magie mais du midrash : le tambourin dont elle jouait « agréablement », l'instrument avec lequel, selon les Sages, elle entraînait les gens au culte des idoles. C'est une démone dont le symbole est un instrument de musique.
Les trois Naamah à ne pas confondre
Le nom נעמה est courant, et le registre biblique le partage entre au moins trois personnes différentes. De là viennent des siècles de confusion qu'il convient de défaire.
La première est celle-ci : la sœur de Tubal-Caïn de Genèse 4:22, la seule que la kabbale ait changée en démone.
La seconde est Naama l'Ammonite, épouse du roi Salomon et mère de Roboam (1 Rois 14:21). C'est une reine historique de la maison de David, elle n'a aucun rapport avec la démonologie, et la coïncidence de nom n'est que cela, une coïncidence.
La troisième paraît dans la littérature hénochienne comme fille d'Hénoch, et n'a rien à voir non plus avec les deux autres.
À ces trois s'ajoute un quatrième malentendu, plus moderne : la tradition ésotérique de langue anglaise et espagnole l'appelle parfois Nahemah ou Nahema, forme issue de la vocalisation kabbalistique tardive. Ce n'est pas une autre figure ni une autre démone : qui rencontre ce nom a rencontré celle-ci même, écrite autrement.
Reliques
Symbolique
Element
Feu
Nombre
4
Couleur
Écarlate
Animaux
Serpent
Sigils:
Traits
Pouvoirs
Faiblesses
Comportement
Resistances
Relations avec d'autres etres
Dans l’Atlas
Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.
Mythologies
Traditions ésotériques et kabbalistiques au sein du judaïsme, englobant le mysticisme Merkavah de l'ère talmudique, la Kabbale zoharique du XIIIe siècle, la Kabbale louriane du XVIe siècle, le mouvement hassidique du XVIIIe siècle et diverses pratiques méditatives, contemplatives et visionnaires visant à ascensionner à travers les mondes spirituels, invoquer les noms divins et atteindre l'union mystique avec le divin tout en dévoilant les secrets de l'univers créateur.
Sources
Zohar
Moïse de León · c. 1280
Œuvre kabbalistique fondamentale du XIIIe siècle qui développe la mythologie de Lilith et de ses descendants démoniaques.
Livre de la Genèse
Tradition mosaïque (Moïse) · VIe-Ve s. av. J.-C.
El primer libro de la Biblia hebrea y del Antiguo Testamento, donde se narra la intervención angelical que detiene el sacrificio de Isaac.
Bereshit Rabba
Anonyme (compilation rabbinique) · v. 400
Midrash homilétique sur la Genèse, compilé en terre d'Israël vers le cinquième siècle. Son passage 23:3 recueille les deux lectures rabbiniques du nom de Naamah : l'épouse de Noé et celle qui jouait du tambourin pour les idoles.
Kav haYashar
Tzvi Hirsch Kaidanover · 1705
Livre de morale et de conduite publié à Francfort en 1705 par Tzvi Hirsch Kaidanover. Son chapitre 17 nomme «la démone appelée Naamah» et transporte la doctrine du Zohar dans la chambre domestique ashkénaze.
Questions fréquentes
Est-ce la même Naamah que l'épouse du roi Salomon ?
Non. L'épouse de Salomon est Naamah l'Ammonite, mère de Roboam (1 Rois 14:21), reine historique de la maison de David sans aucun rapport avec la démonologie. La démone est la sœur de Toubal-Caïn de la Genèse 4:22, figure antérieure au déluge. Elles partagent le nom et rien d'autre : l'hébreu נעמה était courant.
En quoi Naamah diffère-t-elle de Lilith ?
Dans la fonction. Toutes deux sont épouses de Samaël et toutes deux visitent les hommes endormis, mais le Zohar réserve à Lilith le rapt et la mort des nouveau-nés, tandis que Naamah séduit et engendre. Naamah ne tue pas les enfants : elle les produit. C'est pourquoi le folklore protège les berceaux de Lilith et protège le lit conjugal de Naamah.
Pourquoi dit-on qu'Asmodée est le fils de Naamah ?
C'est l'attribution la plus répétée dans la littérature kabbalistique, qui fait du roi des démons le fruit de Naamah. Elle n'est pas unanime : d'autres traditions l'accordent à Agrat bat Mahlat, et la légende talmudique de Salomon l'amène par un autre chemin. Cette fiche retient la version majoritaire et signale qu'elle est concurrencée par d'autres.
Quelles sont les quatre reines des démons et pourquoi les listes divergent-elles ?
Les trois constantes sont Lilith, Naamah et Agrat bat Mahlat. La quatrième change : certains textes mettent Mahalath, d'autres Eisheth Zenounim. Ce n'est pas une erreur de transmission, mais des écoles kabbalistiques différentes décrivant la même structure de quatre épouses qui se partagent les saisons de l'année, chacune avec ses troupes.
Qu'est-ce que Naamah a à voir avec un tambourin ?
Bereshit Rabba 23:3 explique son nom par le verbe hébreu manemet : elle jouait du tambourin «agréablement» pour le culte des idoles. C'est la seule action que le midrash lui attribue, et de là vient son emblème. Il est frappant que le symbole d'une démone de la séduction soit un instrument de musique et non une arme.
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