Strix
L'oiseau suceur de sang de la Rome antique
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Europe
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L'oiseau de mauvais augure des Romains
La strix (au pluriel striges; du grec strinx, «cri strident») est l'oiseau nocturne de mauvais augure de la superstition romaine. Ovide la décrit dans les Fastes VI, 131-168 en quatre traits répétés depuis deux mille ans: une grosse tête, des yeux fixes, un bec fait pour la rapine, un plumage grisonnant et des serres crochues. Elles volent la nuit, cherchent les enfants restés sans nourrice, les arrachent du berceau, leur déchirent les entrailles et boivent leur sang avec avidité. Ovide lui-même avoue ne pas savoir ce qu'elles sont: «soit elles naissent oiseaux, soit elles le deviennent par enchantement, et une vieille Marse les change en oiseaux par ses chants». Pline l'Ancien (Histoire naturelle XI, 232) est plus sceptique encore: il rapporte la croyance selon laquelle les striges allaitent les nourrissons de leurs mamelles, la déclare fabuleuse, admet que la strix figurait déjà dans d'anciennes formules de malédiction et reconnaît que nul ne sait de quel oiseau il s'agit. Cette incertitude, oiseau ou sorcière, est celle que le mot traînera ensuite à travers toute l'Europe.
Le charme de Carna
Le seul récit complet que nous conservions est celui d'Ovide. Proca, futur roi d'Albe-la-Longue, avait cinq jours quand les striges se repurent de sa poitrine («exsorbent avidis infantia pectora linguis»); la nourrice trouva l'enfant livide, les joues griffées, et appela Cranaë, la nymphe à qui Janus avait donné pouvoir sur les gonds et les seuils, connue aussi sous le nom de Carna. Elle toucha trois fois les montants et trois fois le seuil avec une branche d'arbousier, aspergea l'entrée d'eau, tint dans sa main les entrailles crues d'une truie de deux mois et prononça la substitution («cœur pour cœur, entrailles pour entrailles: cette vie nous vous la donnons pour une meilleure»), laissant les viscères dehors avec l'ordre de ne pas se retourner. Enfin elle plaça une baguette d'aubépine, la baguette de Janus, dans la petite fenêtre par où entrait la lumière de la chambre. Les oiseaux ne revinrent pas et la couleur revint au visage de l'enfant. C'est le plus ancien rite apotropaïque infantile que Rome mette par écrit, et il faut le lire avec précision: l'aubépine ne va pas dans le berceau mais à la fenêtre, et l'arbousier à la porte.
De l'oiseau à la sorcière: Trimalcion, les lois barbares et le mot
Dans le Satyricon (63) de Pétrone, Trimalcion raconte à son banquet comment, en veillant le cadavre d'un enfant, on entendit les strigae hurler autour de la maison; un Cappadocien robuste sortit avec son épée et en transperça une, mais revint couvert de bleus comme s'il avait été fouetté et mourut au bout de quelques jours, et quand la mère alla embrasser le corps de son fils elle trouva à sa place une poupée de paille: les sorcières avaient emporté l'enfant. Ici la strix n'est plus un oiseau mais une femme qui vole la nuit, et c'est ainsi que la recueillent les lois des peuples germaniques: la Loi salique punit d'une amende quiconque traite une femme libre de «stria» sans pouvoir le prouver, et l'Édit de Rothari (643) interdit de tuer la servante d'autrui «comme si elle était striga», car, dit le roi lombard, il n'est pas possible qu'une femme dévore un homme vivant de l'intérieur. Du latin strix descendent l'estrie des Juifs ashkénazes, la strega italienne, la strzyga polonaise et le strigoi roumain: dans chaque langue, le cri de l'oiseau romain a fini par nommer la sorcière ou le mort qui revient sucer le sang.
Reliques
Symbolique
Element
Sang
Nombre
1
Couleur
Gris
Animaux
Chouette
Sigils:
Traits
Pouvoirs
Faiblesses
Comportement
Resistances
Dans l’Atlas
Voyage à travers le monde d’origine des êtres et le cosmos de leurs dimensions.
Mythologies
La mythologie romaine s’est formée à partir des croyances et pratiques religieuses des peuples italiques, en particulier des Latins, entre les VIIIe et Ier siècles av. J.-C., dans la péninsule italique. Ses origines se trouvent dans des traditions locales de caractère agraire et familial qui, avec l’expansion de Rome et le contact avec l’Étrurie et les colonies grecques du sud de l’Italie, incorporèrent des divinités et des récits helléniques. Les divinités principales incluaient Jupiter, Junon et Minerve, ainsi que Mars, Vénus et d’autres divinités liées aux fonctions civiles et étatiques, beaucoup d’entre elles assimilées à des figures grecques sans qu’il y ait eu de substitution complète des cultes autochtones. Le système religieux romain se caractérisait par une vision pragmatique du monde dans laquelle le maintien de la pax deorum était essentiel à la prospérité de la communauté. Les rituels, les augures et le culte des lares et des mânes faisaient partie d’une structure dans laquelle la religion était étroitement liée à la vie politique et familiale. Au fil du temps, le panthéon s’enrichit par l’intermédiaire de l’interprétatio romana des dieux étrangers et de l’introduction de cultes orientaux. Son héritage se perçoit dans la littérature latine, dans l’organisation du calendrier et dans la survivance de nombreux noms de dieux dans les langues romanes et dans l’iconographie occidentale postérieure. Des éléments de la mythologie romaine influencèrent l’art de la Renaissance et la culture européenne jusqu’à l’époque contemporaine, conservant leur empreinte dans les toponymes, les festivités et la transmission de récits mythologiques par des auteurs comme Ovide et Virgile.
Sources
Fastes
Ovide · 8 apr. J.-C.
Poème d'Ovide sur le calendrier romain incluant des récits sur Rhéa Silvia, Mars et l'origine de Rome.
Histoire naturelle
Pline l'Ancien · 77
Encyclopédie de Pline l'Ancien compilant des connaissances sur le monde naturel, écrite au Ier siècle ap. J.-C.
Satyricon
Pétrone · v. 60
Roman satirique de Pétrone dépeignant la société romaine du Ier siècle, avec des références à des entités nocturnes.
Questions fréquentes
Comment Carna protège-t-elle l'enfant Proca des striges selon Ovide ?
Elle touche trois fois les montants et le seuil avec une branche d'arbousier, asperge la porte d'eau, offre les entrailles d'une truie à la place de celles de l'enfant et place une baguette d'aubépine à la fenêtre de la chambre. C'est le plus ancien rite apotropaïque infantile que Rome mette par écrit.
Quelles créatures européennes dérivent étymologiquement de la strix ?
L'estrie des Juifs ashkénazes, la strega italienne, la strzyga polonaise et le strigoi roumain. Dans toutes, le nom de l'oiseau romain en est venu à désigner la sorcière nocturne ou le mort qui revient sucer le sang.
Que disent les sources antiques sur ce qu'est vraiment la strix ?
Elles ne s'accordent pas. Ovide (Fastes VI) doute qu'elles naissent oiseaux ou soient des vieilles transformées par des sortilèges; Pline (Histoire naturelle XI, 232) tient pour fabuleux qu'elles allaitent les enfants et admet que nul ne sait de quel oiseau il s'agit; Pétrone (Satyricon 63) les raconte déjà comme des sorcières qui volent un enfant et laissent une poupée de paille.
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